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Voici la deuxième partie de l'ITW de David dans France Football:
Si on excepte Platense, vous n'avez connu à 29 ans, que deux équipes: Monace et Juventus. A votre âge, c'est peu dans le football actuel. Comment expliquez vous cette fidélité?
"Effectivement, en 12 ans, je n'ai fréquenté que 2 clubs. J'ai fais 5 ans à Monaco et je suis dans ma 7ème saison à Turin. Quand je me sens bien quelque part, j'y reste, surtout quand ces équipes me donnent la possibilité d'assouvir mes ambitions. Monaco m'a donné ma chance en France. J'ai vécu de grands moments là bas et je ne l'oublierai pas. J'y ai gagné mes premiers titres. Lorsque je me suis senti à l'étroit, j'ai décidé de partir. A la Juve, j'ai vraiment connu le meilleur à tous les niveaux. J'ai fréquenté de grands joueurs, j'ai eu d'immenses entraineurs. Il n'y a pas beaucoup de joueurs étrangers qui ont passé sept ans ici. Il y a aussi la volonté de laisser ma trace à la Juve. Je veux marquer son histoire, car c'est une fierté d'appartenir à la légende d'un club comme ça. C'est un défi personnel qui m'a toujours motivé. Je suis déjà le meilleur buteur étranger, le 5ème en tout. J'ai également dépassé Platini et ce sont des records qui comptent pour moi. Dans 20 ou 30 ans, j'aimerai que les supporters se souviennent de David Trézéguet. Surtout s'il a également participé à la remontée en série A."
Un autre personnage risque aussi de marquer le club turinois: Deschamps. Après en avoir été un joueur emblématique, il est revenu cette saison comme entraineur. Quelle relation entretenez vous avec lui?
"J'essaye d'être le plus disponible, le plus pro, mais Didier reste mon entraineur. Il y a du respect par rapport à sa fonction. Ce n'est plus mon coéquipier comme en équipe de France: j'ai maintenant un autre regard sur lui. Je n'ai pas envie que le groupe sente que j'ai des relations particulières. Si j'ai quelque chose à lui dire, je le fais de même manière qu'avec un autre coach. Je sais faire la part des choses. Chacun à sa place."
Comment l'avez-vous découvert à ce poste?
"Comme avant. Didier a tout le temps été un leadeur. Je le retrouve tel quel, dans ce rôle de meneur d'hommes. Il n'y a que son statut qui a changé. En venant ici, il a relevé un gros défi qui lui correspond bien. La chose la plus importante est que son discours soit vite passé. Il a su se fondre dans un club qu'il connaissait bien, mais qui a tourné la page sur les années qu'ils avaient vécues comme joueur. Son intelligence de la situation a encore parlé. Le groupe l'a bien accueilli et a immédiatement adhéré à son système. Mais, comme nous, il sera jugé sur ce championnat, sur sa capacité à faire remonter l'équipe."
Quel premier contact avez-vous eu avec lui?
"Il m'a appelé après la Coupe du Monde pour me dire que j'étais convoqué le 10 août. Il m'a confirmé que le club et lui comptaient sur moi. Didier a participé à toutes ces décisions. Il a voulu que Gigi, Camo et moi restions à la Juve. Pavel et Del Piero étaient des cas à part. On s'est tous plié à ses choix."
Si Deschamps n'était pas venu vous voir, vous auriez pu forcer la main à la Juve?
"Non, que ce soit Didier ou X, je serais resté. Sa nominatio n'a rien changé. Elle ne m'a pas influencé. Et puis, je ne suis quand même pas malheureux à la Juve! C'est un club qui compte 15 millions de supporters en Italie et qui est le plus aimé dans le pays. D'ailleurs ce que l'on vit actuellement ne fait que renforcer cet amour. Je crois même que ça améliore l'image du club. La Juventus est devenue plus humaine, il y a un nouveau courant de sympathie autour d'elle. Quand on sera remonté en série A, je pense que la Juve sortira grandie et renforcée par cette histoire. Les gens ont bien compris qu'on était les seuls à vraiment payer l'addition."
Son avenir en Bleu
Avez-vous reparlé avec Buffon de votre tir au but manqué en finale?
"Gigi m'a dit une chose recemment. Il pense que ma tentative était la mieux placée. Comme je le connais bien, j'ai essayé de monter le ballon. On connait la suite. Il a frappé la barre et il est mal sorti. Mais je ne regrette toujours rien. Je frapperais encore de la même façon. On m'a demandé d'y aller et j'ai pris mes responsabilités. Comme face à l'Italie en 98, je ne me suis pas posé de questions. Ce n'est pas dans mes habitudes."
Si en janiver dernier, vous étiez allé voir une voyante et qu'elle vous ait prédit une telle année 2006, l'auriez vous cru?
" (Il éclate de rire) Personne n'aurait pu imaginer de tels scénarios. A la rigueur, le mondial, la finale et ce tir au but manqué. Mais la Juve en série B, ce titre annulé, c'était trop gros. Jamais je n'aurai pensé vivre une année comme celle-ci. 2006 était vraiment corsé. (Il rigole) Vivement 2007!"
Dans quel état d'esprit êtes-vous actuellement par rapport aux Bleus?
"Je ne suis pas dans une situation évidente. Il y a déjà eu la Coupe du Monde. J'arrive encore avec le titre de champion d'Italie, avec 23 buts marqués en Championnat et je me retrouve sur le banc. Je fais un seul match comme titulaire, contre le Togo. On peut dire que ça ne s'est pas bien passé pour moi en Allemagne. Après il y a cette relégation en série B qui me place dans une position délicate. Mais je reste à la disposition de Domenech."
Avez-vous vraiment l'impression d'entrer dans les plans du sélectionneur?
" (Ferme) J'aime bien démontrer mes qualités quand on m'en donne la possibilité."
Après le Mondial, avez-vous songé à mettre en parenthèse l'Equipe de France?
"Oui j'y ai pensé. La nuit qui a suivi la finale, je voulais arrêter."
Pourquoi?
"Parce que je n'ai pas connu la confiance de Domenech. Je n'étais pas dans sa tête. A partir de là, j'ai vraiment pensé à laisser ma place. Pas à quelqu'un qui était plus motivé, parce que je le suis toujours, mais à quelqu'un qui pouvait mieux se fondre dans son système, qui pouvait mieux se plier à ses méthodes, ses exigences. Peut être qu'il pensait que j'allais changer, mais j'ai gardé ma personnalité. Domenech me connait depuis les Espoirs. Il sait bien comment je suis. Ce n'est pas aujourd'hui à 29 ans et avec ce que j'ai déjà démontré que je vais évoluer."
Avez-vous ouvert ce débat avec le sélectionneur?
"Après le Mondial, on en a discuté. Domenech connait mon opinion envers lui et il sait comment il s'est comporté avec moi pendant la Coupe du Monde. Ca reste entre nous, mais je lui ai dis mon sentiment. Quand j'ai quelque chose à dire à quelqu'un, je n'ai pas besoin de la presse pour le relayer. Cependant c'est lui le patron. C'est donc à moi de m'adapter ou d'en tirer les conclusions. Mais ce qui me fait plaisir, ce qui me rassure, c'est d'avoir eu l'estime des Lippi, Capello, Ancelotti, Tigana ou Aimé Jacquet. Ce sont des gens qui m'ont permi de remporter des titres. Ca veut quand même dire que je ne suis pas quelqu'un de négatif."
Pourquoi alors avoir continué?
"Je l'ai fais à cause et avec le soutien de ma famille. Il y a également un évènement qui m'a poussé à ne pas abandonner."
Lequel?
"L'accueil que m'a réservé le public quand nous sommes venus au balcon de l'hôtel Crillon au lendemain de la finale. Tous ces témoignages de sympathie, ces applaudissements m'ont fait basculer. Ils m'ont fait comprendre qu'on jouait avant tout pour tous ces gens. L'amour de la France m'a encouragé à continuer. Il m'a convaincu. Je ne pouvais pas partir comme ça, sur un échec."
Vous êtes donc toujours à la disposition de l'Equipe de France?
"Surtout pour le prochain match contre l'Argentine! Celui là me tient à coeur. Je l'attends depuis que je porte le maillot de l'Equipe de France. Que ce soit chez les jeunes ou en A, je n'ai jamais affronté l'Argentine, le pays où j'ai quand même grandi. J'ai joué l'Uruguay, le Brésil, mais jamais cette nation où j'ai fais mes premiers pas dans le football. J'attends impatiemment cette rencontre. Si Domenech fait appel à moi..."
Curieusement, en effet, vous n'étiez pas convoqué pour le dernier match face à la Grèce?
"J'étais pourtant apte. Je me suis blessé la semaine d'après. Je suis donc seulement venu à Paris pour faire coucou à la foule avec les vainqueurs de 98. Je n'ai pas encore compris pourquoi je n'ai pas été retenu. Didier non plus. Personne n'a contacté la Juve pour prendre de mes nouvelles. Je suis quand même en equipe de France depuis 98! On est en 2006, ça fait 8 ans. C'est encore une question de respect."
Auparavant, il y avait quand même eu ce match perdu face à l'Ecosse..
"Mais il y a eu aussi mes 2 buts contre les Iles Feroe à Sochaux. Cependant c'est vrai que j'ai mal vécu ce qui s'est passé après l'Ecosse. J'ai été victime d'un tas de critiques. Quand je dis ça, je pense à la presse, mais aussi à certains joueurs, à des entraineurs. Ce me choque, car ils connaissent bien le haut niveau. Il n'y a pas que moi qui n'est pas été bon en Ecosse. On est tous passés à travers. Je trouve que certains ont la mémoire courte. On oublie assez vite les choses, ce que j'ai apporté à l'Equipe de France. Quand je suis sur le terrain, surtout avec le maillot bleu sur le dos, je donne toujours mon maximum. J'ai un respect énorme pour l'Equipe de France. Il ne faut pas oublier mon histoire. La France est le pays qui m'a adopté. Pour ça, j'ai peut être encore plus de respect pour ce maillot bleu que d'autres."
Avec 34 buts en 68 sélections, vous l'avez aussi prouvé..
"C'est pour ça que j'ai toujours du mal à comprendre les débats du style: Trézéguet a-t-il encore sa place en EDF? Pour moi, quelqu'un qui marque autant en équipe nationale a fait ses preuves. Un but tous les 2 matchs, surtout en sélection, c'est tout de même un beau rendement. Dans d'autres pays, on ne se poserait pas ces questions. On ne réfléchirait pas autant."
Comprenez vous la décision de Higuain de repousser sa sélection en EDF?
"Je comprends très bien son attitude, son refus provisoire. Quand on est joueur, quand on vous veut dans un club ou une sélection, on aime bien rencontrer les gens, avoir une discussion avec l'entraineur. Je sais que l'Argentine n'est pas à coté, mais on aurait quand même pu aller le voir là bas. On ne peut pas se contenter d'envoyer un fax de la FFF pour lui dire de venir. Je trouve même que c'est choquant pour lui. De même que de se contenter d'une cassette, de quelques matchs à la télé pour juger de son niveau."
Comme vous, il est né en France mais a grandi en Argentine. Vos deux situations sont-elles comparables?
"Nous avons les mêmes origines mais nos cas sont différents. Quand j'ai été appelé en EDF pour la première fois, chez les moins de 17 ans, j'avais déjà signé à l'AS Monaco. J'étais en France depuis quelques mois. Gerard Houllier qui s'occupait alors de cette sélection, avait aussi effectué les bonnes démarches. Il avait pris les choses dans l'ordre. Il m'avait téléphoné, m'avait tenu un discours cohérant et motivant. Il m'avait vraiment montré qu'il me voulait sous le maillot bleu et dans son équipe. Il ne faut pas oublier que Higuain a 18 ans et qu'il ne parle même pas notre langue."
A votre avis, les Bleus ont-ils laissé passer leur chance?
"Je le crains. Mais je me mets encore à sa place. Il ne connait personne en France et il a une pression énorme en Argentine. Ce n'est pas une question de passeport. De tout façon, il aura toujours la double nationalité puisqu'il est né en France. Quand on met un maillot, il faut le sentir. Avec le temps, il va peut être modifier son opinion. Il reste moins de 2 mois pour le faire changer d'avis avant ce France - Argentine. Moi le premier, j'espère qu'il va venir. Je serais heureux de l'accueillir. Cependant, je n'y crois plus beaucoup."
Avant cet épisode, vous en aviez déjà entendu parler?
"Non, mais il a explosé il y a seulement 10 mois. Après j'ai regardé. Il a montré de grosses qualités, surtout à River Plate. A Noel, je vais passer les fêtes là bas. Je vais essayer de récupérer son numéro pour le voir. (Il rigole) Je pourrais alors lui parler de la France, en faire un peu la publicité."
Pour visualiser la 1ère partie, cliquez ici:
http://david.trezeguet.over-blog.com/article-5034441.html
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