
Raymond Domenech, le sélectionneur de l'équipe de France a fait part de son étonnement devant les réticences de certains à l’idée que les Bleus aillent jouer un match en Martinique le 9 novembre prochain face au Costa Rica. Il regrette notamment que chacun reste « centré sur son nombril. »
Pourquoi avoir choisi un match amical le 9 novembre ?
Quand on m'a proposé de faire un match amical, j'ai dit: « Oui mais si on fait ça avant France-Allemagne (ndlr, 12 novembre), c'est génial parce que les clubs pourront avoir leurs joueurs une semaine derrière ». C'était l'argument massue. Avec un match le 16 novembre, les joueurs auraient été de retour en club le jeudi 17 pour jouer dès le samedi 19, avant une semaine chargée avec le championnat et la Coupe d'Europe. Sportivement, je me suis mis à la place des clubs. C'était une bonne idée qui permettait de lier leurs intérêts et ceux de l'équipe de France.
Comment réagissez-vous à la polémique naissante sur la tenue de ce match ?
Je tombe des nues. Je ne comprends pas, en tout cas j'ai du mal. Qu'on me trouve ces excuses là, qu'on ne peut pas faire huit heures d'avion, que le public, que le terrain... Me dire qu'on ne peut pas y aller à cause du décalage horaire... Je n'arrive pas à comprendre qu'on me dise qu'il ne faut pas aller jouer là-bas, je n'arrive pas à comprendre...
Le décalage horaire ne va-t-il pas quand même jouer un rôle ?
On a fait appel à des médecins, des spécialistes du sommeil, des gens d'Air France qui ont dit que cela n'avait aucune incidence, dans la mesure où l'on va vivre aux mêmes heures qu'en France. On jouera à 15h00 (locales), à 19h00 on sera dans l'avion, les joueurs voyageront en première classe et dormiront tranquillement dans l'avion. Le lendemain matin, ils attaqueront leur journée sans souci. On va arriver à 06h00 du matin, après une nuit de sommeil.
« Ce match c'est aussi une reconnaissance »
Vous pensiez donc avant tout aux intérêts des clubs ?
Moi, j'ai vraiment pensé « club ». J'aurais pu garder la date du 16 novembre et jouer la Grèce à Athènes. On a préféré faire autre chose qui, en plus d'aller dans le sens des clubs, avait l'intérêt de montrer la solidarité de l'équipe de France envers les familles des victimes (ndlr, de la catastrophe aérienne d'août au Venezuela, où 160 personnes, dont 152 Martiniquais, ont trouvé la mort). Ce match c'est aussi une reconnaissance de tout ce que ces régions ont apporté au football français, des grands noms qu'elles ont produits. Vu sous ces angles, il n'y a que des avantages.
Comment interprétez-vous les réactions négatives ?
Je trouve que c'est mesquin. C'est fatigant à la fin, on ne peut jamais rien faire, en pensant et en réfléchissant pour les clubs, sans que quelqu'un ait quelque chose à dire, qu'en plus il l'annonce sur la place publique. Cela devient fatigant... J'ai oublié qu'il y avait des intérêts personnels qui primaient de partout. Chacun est centré sur son nombril.
Avez-vous pris contact avec des joueurs à ce sujet ?
J'ai eu les principaux intéressés, qui étaient enchantés. Présenté comme je le présente, personne ne peut dire non! Les joueurs ont une semaine derrière pour récupérer. On me dit qu'ils risquent d'être fatigués pour l'Allemagne. Mais, on est rentrés de Suisse à 5h00 du matin (ndlr, le 9 octobre) et personne ne m'a dit que les joueurs allaient être fatigués pour jouer contre Chypre (ndlr, le 12 octobre).
Allez-vous démarcher les clubs pour leur expliquer le bien-fondé de la démarche ?
Je vais le faire, mais je vais expliquer mon incompréhension. Je pensais que c'était tellement évident qu'il n'y aurait pas besoin de se battre pour faire comprendre qu'il n'y a que des bons côtés pour tout le monde... Pour une fois que ça réunissait tous les bons côtés!
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